Parcours de vie

 

Pour que l’Histoire ne les oublie pas… Nous avons retracé, avec l’autorisation de leurs familles quand nous en avons trouvé la trace, le parcours de vie de plusieurs membres de la Brigade Liberté.

Ce site est en chantier pour le moment.

Si l’un de vos parents a fait partie de la Brigade et que vous ne le trouvez pas, n’hésitez pas à nous contacter. Nous serions très heureux de rajouter une pierre supplémentaire à ce mur de la mémoire !


FELIX BODENAN (1921-1983), matricule 59599

         Félix Bodenan. Sources : Mémoires de guerre.

Né à Fougères d’un père cheminot, il travaille très tôt, en usine et en cristallerie. Membre actif des Jeunes communistes, il adhère au Parti communiste en 1939 et commence à résister dès 1940. La direction régionale clandestine du PC lui confie alors la responsabilité des jeunes fougerais.

Félix Bodenan est arrêté sur dénonciation dans la nuit du 31 mars au 1er avril 1942 par la police française alors qu’il distribuait des tracts communistes. Pour cette raison, il est condamné à huit ans de travaux forcés. Tout d’abord incarcéré à la prison Saint Roch de Fougères, puis à la prison Saint-Hélier de Rennes, il connaît ensuite successivement les cellules de Laval, du Mans, de Caen, de Fontevrault et de Blois. Le 18 février 1943, il est livré aux Allemands, qui l’expédient à Compiègne puis, le 22 mars, au camp de Mauthausen.  Le 6 mai 1944, il est envoyé au Kommando du Loibl-Pass au camp Nord. Il est transféré côté Sud en décembre 1944.

Après la libération des déportés le 8 mai 1945 par les partisans du maréchal Tito, Félix Bodenan intègre la Brigade Liberté. Il est ensuite rapatrié à Mulhouse le 19 juin 1945.

Après la guerre, il travaille comme cheminot à la gare de marchandises de Fougères et demeure un membre actif du Parti communiste.

Hommage : une rue de Fougères porte son nom depuis 2006.

Décorations : Chevalier de la Légion d’honneur, Croix de Guerre avec Palme, Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :


JACQUES BÉTEILLE (1922-2015), matricule 26592

toi mon papi, je t aime tant aussi

Jacques Béteille à la fin de sa vie. Photo de la famille Béteille.

 

 

 

Né à Nantes, Jacques Béteille est un jeune menuisier réfractaire au STO. Arrêté par la Milice à Tours le 4 mars 1943 alors qu’il tentait de passer en zone libre, il est envoyé à Compiègne.

Il est déporté le 16 avril à Mauthausen, où il reçoit le matricule 26592, puis au Loibl-Pass par
le convoi du 2 juin. À la libération des déportés par les Partisans du maréchal Tito, Jacques
Béteille choisit de combattre l’occupant à leurs côtés au sein de la Brigade Liberté.

Rapatrié à Nantes à la fin du mois de juin, il fonde une famille avec sa femme, épousée
pendant la guerre, et reprend son travail de menuisier. Ne se sentant pas écouté, ni compris,
Jacques Béteille taira sa vie en déportation pendant plus de quinze ans. Les séquelles des
traumatismes vécus entre 1943 et 45 l’empêcheront de poursuivre son activité
professionnelle après la fin des années 1970.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • Le troisième Monument, Amicale de Mauthausen  ;
  • Entretien avec Jacques Béteille, janvier 2014 ;
  • Archives de la famille Béteille.

FRANCOIS CHAFFIN (1921-1989), matricule 26444

    François Chaffin en 1965. Photo Jacqueline Crespy.

Il est le cadet d’une famille nombreuse de la Côte-d’Or. Son père est sculpteur et sa mère directrice d’école.

En 1941-42, François Chaffin participe à la fuite de personnes recherchées par l’occupant et à l’évasion de prisonniers de guerre. Réfractaire au S.T.O., il cherche à rejoindre les Forces Françaises Libres en Afrique du Nord et se procure maladroitement des Ausweiss[1] vierges et de l’argent. Il est arrêté par la police française à Paris le 2 janvier 1943 avec quatre complices pour trafic de faux papiers, conduit à la prison du Cherche-Midi, d’où il est souvent extrait pour des interrogatoires musclés rue des Saussaies.

Envoyé à Compiègne, il fait partie du convoi du 16 avril 1943 pour le camp de Mauthausen où il arrive deux jours plus tard. Il effectue sa quarantaine au Block 20.

Transféré au Kommando du Loibl-Pass 2 juin 1943, Chaffin refuse de se soumettre à l’autorité allemande, ce qui lui vaut d’être envoyé en représailles au camp Nord, où il est constamment battu par les Kapos et les SS. Entre autres il reçoit un jour cinquante coups de Schlague et doit rester debout, sans manteau, par une nuit glaciale, au garde-à-vous devant l’entrée du camp.

Ses refus répétés de travailler pour l’Allemagne lui valent en septembre 1944 une quasi condamnation à mort. Les SS lui cousent un rond rouge dans le dos, le désignant ainsi comme une cible à abattre. Grâce à une résistance physique hors normes, Chaffin tient pendant deux semaines, malgré les Kapos, qui tentent par tous les moyens de lui faire passer la « ligne ». Les circonstances exactes qui  lui ont permis d’échapper à une mort certaine ne sont à ce jour pas élucidées.

Le 8 mai 1945, libéré par les Partisans, il rejoint les rangs de la Brigade liberté, où son courage est remarqué. Il est rapatrié à Mulhouse avec ses camarades 19 juin 1945. Il retourne en Slovénie dans les années 1950 et épouse Boja Zibler, qu’il avait rencontrée alors qu’il était déporté et qu’elle se rendait au camp avec son beau-frère, médecin à Tržič. Le couple s’installe en région parisienne. François Chaffin  travaille à Paris-Match.

Après sa mort,  en 1989, sa veuve retourne vivre à Tržič en Slovénie.

Sources :

  • Le Troisième monument, Amicale de Mauthausen ;
  • Entretien avec Boja Chaffin, 8 juillet 2017 ;
  • Mémoire de François Chaffin ;
  • Attestation de Maurice Colin ;
  • Attestation de Pierre Duverdier ;
  • Attestation de Charles Garnier.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

[1] Laissez-passer.


Maurice CLAVILIER (1908-1992), Matricule 59746

Maurice Clavilier en 1946. Archives de la famille Clavilier.

 

Maurice Clavilier en 1946. Archives de la famille Clavilier.

 

 

Né à Paris de parents bougnats*, Maurice Clavilier passe avec succès son certificat d’études et se construit, seul, une solide culture littéraire et artistique. En 1930, il travaille comme employé dans une grande compagnie d’assurances.  Il adhère au parti communiste en 1934 et s’engage activement dans le militantisme politique et syndical. Suite à l’interdiction du PC en 1940 par le régime de Vichy, Clavilier poursuit clandestinement son activité politique. Arrêté sur dénonciation le 31 août 1941, il est condamné le 17 octobre 1941 à cinq ans de travaux forcés par la section spéciale de la cour d’appel de Paris. Commence alors un parcours de plus de deux ans dans différents centres d’internement : Fresnes, Fontevrault-l’Abbaye, Blois et enfin Compiègne, d’où il partira pour Mauthausen par le convoi du 22 mars 1944. Il est affecté au Loibl-Pass le 17 avril en dépit d’un handicap au bras.

Ayant choisi de rejoindre les rangs de la Brigade Liberté, Clavilier sera rapatrié le 19 juin 1945. Il aura la présence d’esprit d’écrire ses impressions dans un carnet au cours de cette période.

À son retour, Maurice Clavilier retrouve son épouse et reprend ses activités politiques et syndicales. Il s’implique tout particulièrement dans le développement de l’action culturelle de son comité d’entreprise et prendra sa retraite à la fin des années 1960.

*Les bougnats étaient  ces auvergnats venus à Paris vers la fin du XIXe siècle qui faisaient commerce de bois et charbon souvent associé à un débit de boissons, à l’instar des parents de Maurice Clavilier .

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • TESSIER, Christian ; DEDET, Daphné. Du Loibl-Pass à la Brigade Liberté. Autoédition, 2015 ;
  • Le Troisième monument, Amicale de Mauthausen.
  • Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier social. Maitron / Éditions de l’Atelier, 2016. mailto:http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/ [page consultée le 1er octobre 2016] ;
  • Entretiens avec la famille Clavilier, septembre 2016.

MAURICE COLIN (1910 – 1980), matricule 26225

Colin

 

Maurice Colin, l’un des fondateurs et dirigeants de la Brigade Liberté. Photo Jean Granger.

 

 

Né à Paris, issu d’un milieu modeste (son père est chauffeur de taxi), Maurice Colin devient menuisier. Il milite rapidement au Parti communiste et y rencontre Maurice Rioux (voir plus bas).

À son retour de la Drôle de Guerre, il participe activement à la lutte clandestine contre l’occupant. Son ami Maurice Rioux le fait entrer dans l’atelier de Saint-Ouen où il travaille déjà clandestinement. Ils y cachent des armes pour les groupes Francs-Tireurs et Partisans dont Maurice Colin a la responsabilité. Arrêté sur dénonciation le 18 février 1943 avec Rioux et leur employeur, Maurice Colin est envoyé à Fresnes et Compiègne. Le 18 avril, son convoi arrive à Mauthausen, où il porte le matricule 26225. Il est affecté au Loibl-Pass le 15 juillet. Toujours disposé à mettre son sens des responsabilités et son courage au service des autres, Maurice Colin fait rapidement partie du triangle de direction clandestine de résistance à l’intérieur du camp. Il entre à plusieurs reprises en contact avec les Partisans grâce à la complicité de travailleurs civils. Lorsque ces derniers libèrent les déportés, Maurice Colin devient l’un des fondateurs de la Brigade Liberté, dont ses camarades lui donnent le commandement.

Après son rapatriement, les sévices subis au camp ne permettent plus à Maurice Colin de poursuivre son métier de menuisier. Il décide de reprendre son activité politique et devient pendant plusieurs sessions conseiller municipal du XIIe arrondissement de Paris et conseiller général de la Seine. Parallèlement, il se marie et fonde une famille.

Sa santé devenant déficiente, Maurice Colin renonce à son activité politique et se retire en province. Il participe cependant jusqu’à la fin au pèlerinage annuel au Loibl-Pass, où il revoit avec plaisir ses anciens camarades de déportation ainsi que les Partisans slovènes.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • TIŠLER, Janko ; TESSIER, Christian.De Mauthausen au Ljubelj. Paris : L’Harmattan, 2005 ;
  • TESSIER, Christian ; DEDET, Daphné. Du Loibl-Pass à la Brigade Liberté. Autoédition, 2015 ;
  • Attestation de Maurice Colin auprès du Ministère des Armées en 1965. Archives de Caen ;
  • Le troisième Monument, Amicale de Mauthausen ;
  • Bulletin de l’Amicale de Mauthausen, janvier 1981 ;
  • Entretien avec la famille Colin, 4 juin 2016.

Joseph Émery (1906-1965), matricule 26970

Joseph Emery

 

 

 

Joseph Émery à son retour de déportation. Archives Christian Tessier.

 

Né à Limoges, Joseph Émery est issu d’un milieu modeste. Marié et père de trois enfants, il exerce le métier de peintre en lettres. Très tôt engagé politiquement, il milite au Parti communiste.

Mobilisé en 1939, il rejoint son régiment, le 6e génie basé à Angers. Il est fait prisonnier, réussit à s’évader et est démobilisé à Limoges. Il entre en résistance dès 1940. En 1943, il intègre les  FTPF (Francs-Tireurs et Partisans Français) de la région de Limoges dirigés par le colonel Guingouin. Dénoncé suite à une action de récupération d’armes, il est arrêté le 1er mars 1943 sur son lieu de travail et conduit directement au siège de la Gestapo, où il est interrogé. Interné au camp de Compiègne le 7 mars 1943, il est envoyé à Mauthausen avec le convoi du 16 avril 1943 et au Loibl-Pass avec le deuxième convoi en juillet 1943. Au Loibl, il restera toujours au camp sud et sera affecté au tunnel comme pelleteur. En 1944, il deviendra membre de l’organisation militaire illégale du camp. Libéré en Autriche par les Partisans du maréchal Tito le 8 mai 1945, il s’engage dans les rangs de la Brigade Liberté avec 121 autres déportés.

Il rentre en France le 19 juin 1945 où il retrouvera son foyer et ses enfants. Émery souffrant de différents maux liés à sa déportation, il ne pourra jamais reprendre un emploi stable. Il travaillera de manière épisodique comme formateur de jeunes ouvriers dans un centre de formation professionnelle. Son cœur, fragilisé par la déportation, ne résistera pas à une banale anesthésie et Joseph Émery mourra sur la table d’opération à l’âge de cinquante-neuf ans.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • Entretiens avec Jean Granger et Maurice Rioux ;
  • Le troisième monument, Amicale de Mauthausen ;
  • Souvenirs personnels.

Jean Granger (1903-1981),  matricule 28113

            Jean Granger peu après sa déportation. Archives  famille  Granger.

 

Né à Rilhac Rancon (Haute Vienne), iI est tailleur de pierre. De son mariage, avant-guerre, il a trois enfants, nés entre 1926 et 1940.

Patriote et engagé politiquement, Granger rejoint le maquis de Sussac, en Haute-Vienne, avec les F.T.P.F. (Francs-Tireurs et Partisans Français) en tant que chef de section. Il commande soixante-dix hommes. Leur cantonnement est situé à Excidioux.

En décembre 1942, il est nommé sous-lieutenant du réseau Combat, et devient lieutenant deux mois plus tard. Ses noms de code dans la résistance sont Pezion ou Pigniouf.

Il s’engage ensuite, auprès de Georges Guigouin, dans les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur), à la compagnie de Cieux,  du 1er au 7 mars 1943.

Suite à une dénonciation, il est arrêté par la Gestapo dans la nuit du 6 au 7 mars 1943 à son domicile de la rue Stephenson, à Limoges. Après son interrogatoire et son internement à la villa impasse Tivoli (Limoges), il est transféré à Compiègne, d’où il part le 20 avril 1943. Son convoi arrive à Mauthausen le 22 avril. Il affecté au Loibl-Pass le 15 juillet et y sera l’un des responsables de l’organisation de résistance clandestine (côté sud), mettant en place la « Solidarité ». En mai 1944, Granger est chargé par ses camarades de rencontrer clandestinement le slovène Janko Tišler dans le tunnel pour savoir si une libération du camp par les Partisans est possible.

À la libération du Loibl-Pass par les troupes titistes le 8 mai 1945, il intègre tout naturellement la Brigade Liberté. Nous devons à Granger tous les clichés de la Brigade Liberté que nous connaissons. En effet, au cours de l’arrestation d’un ancien SS du camp, il lui avait confisqué son appareil photo.

Rapatrié sur Mulhouse le 21 juin 1945, il arrive à Limoges en Août. Après la guerre, il devient le directeur du centre A.F.P.A. de Limoges. Parallèlement à son activité professionnelle, il est toujours impliqué politiquement et sera conseiller municipale à Limoges pendant de longues années. Il présidera également la F.N.D.I.R.P.[1] de la Haute-Vienne.

Décorations : Chevalier de la Légion d’honneur, Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • Le Troisième monument, Amicale de Mauthausen ;
  • Entretiens avec la famille Granger, mai 2017 ;
  • Entretiens avec Jean Granger.

[1] Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes, créée en 1945 par Henri Mahès et Marcel Paul.


Henri HOCHMAN (1923-2016), matricule 59704

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Henri Hochmann à l’entraînement à la Brigade Liberté. Photo Jean Granger.

 

D’origine polonaise, juif et résistant, il est arrêté sous le nom de Lucien Chabrerie lors de la manifestation de la commémoration du 11 novembre 1943 à Grenoble. Arrêté en tant que résistant et non en tant que juif, il échappe ainsi aux convois de la mort à Auchwitz. Interné à Compiègne, il est envoyé à Mauthausen le 22 mars 1944 sous le matricule 59704, puis transféré au Loibl-Pass le 17 avril. À leur libération par les Partisans le 8 mai 1945, Henri Hochman choisit, avec 121 autres déportés volontaires sans distinction politique, de poursuivre avec eux la lutte armée contre l’occupant au sein de la Brigade Liberté. Les plus jeunes et les moins expérimentés, comme lui, reçoivent une instruction militaire.

Monsieur Hochman, comme le reste de la Brigade, sera rapatrié à Mulhouse le 19 juin 1945 via l’Italie. Après le recensement de tous les déportés au Lutetia, il retrouvera la capitale, où il vivait avant l’Occupation. Il passera tout d’abord quelques semaines dans une maison de repos. Puis il exercera divers métiers dans la confection avant de devenir son propre patron et ne quittera la vie active qu’au début du XXIe siècle. Le dernier membre de la Brigade Liberté est mort le 12 août 2016.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • TESSIER, Christian ; DEDET, Daphné. Du Loibl-Pass à la Brigade Liberté. Autoédition, 2015 ;
  • Le troisième Monument, Amicale de Mauthausen ;
  • Entretien avec Henri Hochman, avril 2014.

Loncle

Jean LONCLE (1921- 1990), matricule 76240

 

Jean Loncle à la fin de sa vie. Source : Mémoires de guerre.

 

Issu d’une famille bretonne de commerçants, Jean Loncle effectue en 1938 une préparation à Saint-Cyr au lycée de Brest. Refusant la défaite et l’occupation allemande, il part rejoindre le général de Gaulle le 19 juin 1940 sur un bateau de pêche. Il s’engage dès son arrivée dans les Forces Françaises Libres (F.F.L.). Il est alors affecté à la 1ere Compagnie de Chasseurs de Camberley, puis au dépôt de l’Infanterie de l’Air et enfin à l’état-major du Général. Après une formation militaire, Jean Loncle accomplit des missions en France sous le pseudonyme de Nestor au titre des Forces Françaises Combattantes (FFC). À Lyon, il rencontre Jean Moulin qui le charge d’organiser l’un des réseaux de transmission les plus importants entre Londres et la Résistance française. Arrêté le 20 janvier 1943 par la Gestapo dans un train, Loncle n’a que le temps de cacher des papiers compromettants sous le siège. Il apprendra après la guerre qu’ils auront bien mystérieusement été remis à leur destinataire. Il est alors interné à Turin, Parme et est déporté à Mauthausen le 24 juin 1944. Il sera alors affecté à Grossraming, au camp central et arrive au Loibl-Pass par le convoi du 12 septembre 1944. À la libération des déportés par les Partisans, c’est tout naturellement que Jean Loncle choisit de poursuivre le combat avec eux aux côtés de la Brigade Liberté. Il sera rapatrié à Mulhouse le 19 juin 1945 avec ses camarades.

À son retour, Jean Loncle se marie et fonde une famille. Il poursuit parallèlement une carrière de commercial, puis de directeur d’usine.

Décorations : Médaille de la Déportation, Rosette de la Résistance, Médaille de la France Libre,  Croix de Combattant volontaire de la Résistance, Croix de Combattant volontaire de la guerre de 1939-45, Médaille des Partisans yougoslaves.

Souces :


Jean MESSER (1922-2014), matricule 60290

Messer

 

Jean Messer à Paris après son retour de déportation. Hiver 1945-46. Archives de la famille Messer

 

 

 

Né en région parisienne, Jean Messer appartient à une famille de militants et de résistants. Son père, Victor, qui travaillait aux abattoirs de La Villette, était également secrétaire syndical et rédacteur au journal L’Humanité ; entré en 1940 en clandestinité dans la résistance, il mourra en déportation à Neuengamme. Sa mère, Inès, est arrêtée dans le but de faire parler le jeune Jean, qui est tabassé sous ses yeux. Comme ce chantage ne sera pas suivi d’effet elle sera emprisonnée à la Roquette puis internée à Aincourt jusqu’à la fin de la guerre.

Chevillard à La Villette lui aussi, Jean Messer est arrêté le 9 novembre 1941 et connaîtra un long parcours dans les prisons françaises. Il passera quatre mois à la Santé, puis un mois à Fresnes, un an et demi à Clairvaux et trois mois à Blois. En février 1944, il est transféré au camp de Compiègne, d’où il part pour Mauthausen par le convoi du 22 mars 1944. Il est ensuite sélectionné pour le Loibl-Pass, où il est affecté le 2 juin 1944. Très vite, Jean Messer s’implique dans le triangle de résistance interne au camp. Affecté aux cuisines du camp nord (côté autrichien), il risque chaque jour sa vie en ponctionnant ce qu’il peut dans les rations destinées aux SS pour alimenter en nourriture la solidarité, permettant ainsi la survie de plusieurs de ses compagnons de détention.

Après son implication au sein de la Brigade Liberté, Jean Messer est rapatrié le 19 juin 1945 à Mulhouse. Il est pris en charge par son médecin de famille puis retrouve son métier aux abattoirs. Il se marie et fonde une famille. Parallèlement, Jean Messer poursuivra toute sa vie son combat politique et syndical. Il sera élu pendant dix ans secrétaire de la fédération de Seine et Oise de l’Union des Jeunesses Républicaines de France. Entre 1952 et 54, il sera poursuivi par la DGSE dans l’affaire du « complot des pigeons » pour motif de « haute trahison » en raison de ses prises de positions contre la guerre en Indochine. A sa retraite il s’établira en Ariège, dans le village de famille de son épouse.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier social. Maitron / Éditions de l’Atelier, 2016. mailto:http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/ ;
  • Arch. PPo. 89. — Notes de J. Girault. — Arch. Com. Villiers-sur- Marne, 1108 W 36 ;
  • Archives de la famille Messer ;
  • Le Troisième monument, Amicale de Mauthausen.

ROGER PUYBOUFFAT (1909-1983), matricule 39483

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Roger Puybouffat en famille en 1936. Archives de la famille Puybouffat.

 

 

 

Né à Paris, Roger Puybouffat est issu d’un milieu modeste et militant. Il obtient son diplôme de chirurgien dentiste à la force du poignet et adhère très tôt au Parti communiste. Il se marie et fonde une famille.

Après sa démobilisation, Puybouffat est affecté par les autorités allemandes à l’hôpital civil de Pontivy. Libéré en février 1941, il trouve un poste de dentiste à Châteaubriant, où il emménage avec sa famille. Très rapidement, il intègre, avec son épouse, le milieu de résistance locale. Tous deux deviennent un maillon important de la chaîne des évasions du camp d’internement des prisonniers du camp de Choisel, où il soigne les dents des détenus. Il cache dans son cabinet médical les planches qui ont recueilli les derniers graffiti des otages de Châteaubriant (dont faisait partie Guy Môquet) en octobre 1941. Arrêté en décembre de la même année par le directeur du camp, Puybouffat est interné à Choiseul à son tour. Acquitté au bénéfice du doute à l’issue de son jugement, il est interné une seconde fois, à Vosves, le 8 mai 1943 et rejugé. Il est tranféré à Romainville et déporté à Sarrebruck Neue Bremm le 25 octobre. Le 14 novembre, il est transféré à Mauthausen. Six mois plus, tard, le 6 mai 1944, il est envoyé au Loibl Pass .

Affecté au tunnel et même à l’atelier de blanchisserie, Puybouffat est également le dentiste du camp, où il tente l’impossible pour soigner ses camarades de détention avec un matériel quasi inexistant. Tout naturellement, il fait partie du réseau de résistance clandestine du camp. Lors de son évacuation forcée par les SS le 7 mai 1945, Roger Puybouffat se porte volontaire avec un médecin déporté pour veiller sur les malades du Revier et les évacuer à l’hôpital dans un pays en déroute. Cette tâche accomplie, il rejoint les rangs de la Brigade Liberté.

À son retour, Roger Puybouffat retourne avec sa famille dans son Paris natal, où il ouvre un cabinet de dentiste. Les séquelles médicales de sa déportation sont telles qu’il devient progressivement paralysé en 1962 et doit cesser complètement son activité.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :


Maurice RIOUX (1906-1989), matricule 26246

 

 

Maurice Rioux à son retour de déportation. Photo Amicale de Mauthausen.

 

Né à Versailles d’une famille très modeste, Maurice Rioux est placé en orphelinat. Il devient menuisier et s’engage tôt au Parti communiste, où il milite activement et rencontre Maurice Colin (voir plus haut), avec qui il se lie d’amitié.

Souffrant de tuberculose rénale depuis sa jeunesse, il est réformé pendant la guerre. Membre actif du triangle de résistance du Parti communiste clandestin (section du XVIIIe arrondissement de Paris), où il est chargé de la propagande,  il est arrêté une première fois sur dénonciation par la police française le 26 novembre 1940 et enfermé à la prison de la Santé. Libéré pour raisons médicales avec un rein en moins, Rioux poursuit la lutte contre l’occupant. Il fait entrer Maurice Colin dans l’atelier où il travaille à Saint-Ouen dans la clandestinité. Avec leur employeur, ils y cachent des armes destinées à des groupes Francs-Tireurs et Partisans. Ils sont arrêtés tous les trois sur dénonciation par la Gestapo le 18 février 1943. Envoyé à Fresnes puis à Compiègne, Maurice Rioux est déporté à Mauthausen par le convoi du 16 avril 1943 et arrive au Loibl-Pass le 3 juin. Maurice Colin l’y suivra quelques semaines plus tard. Rioux fait partie de la résistance intérieure au camp. À la libération des déportés par les Partisans, il choisit naturellement de rejoindre les rangs de la Brigade Liberté.

Rapatrié à Mulhouse le 19 juin avec les autres membres de la Brigade, Maurice Rioux retrouve son épouse et son métier de menuisier ; il poursuit activement son engagement au Parti communiste. D’un naturel discret mais particulièrement impliqué dans son devoir de mémoire, il est très actif à l’Amicale de Mauthausen, témoigne souvent dans les établissements scolaires et offre tous les deux ans à un jeune un pèlerinage au Loibl-Pass. Il restera toute sa vie attaché à la cause des enfants.

Décoration : Médaille des Partisans yougoslaves.

Sources :

  • TIŠLER, Janko ; TESSIER, Christian.De Mauthausen au Ljubelj. Paris : L’Harmattan, 2005 ;
  • TESSIER, Christian ; DEDET, Daphné. Du Loibl-Pass à la Brigade Liberté. Autoédition, 2015 ;
  • Archives de la Préfecture de Police de Paris ;
  • Archives de Vincennes ;
  • Le troisième Monument, Amicale de Mauthausen ;
  • Souvenirs personnels.